Voir la tribune sur le site de Le Nouvel Obs
Un collectif de parlementaires transpartisan
Dans une tribune au « Nouvel Obs », des parlementaires de tous bords appellent à ouvrir de nouveaux droits pour les personnes trans.
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.
A travers le monde, les violences visant la communauté LGBTQIA +, et en particulier les personnes trans, ne cessent de s’intensifier. En France, près de la moitié des personnes trans (47 %) constatent une augmentation alarmante de ces agressions, faisant de notre pays le pire de l’Union européenne en la matière [Agence des Droits fondamentaux de l’Union européenne, 2020]. Le retour au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis a amplifié et nourri cette vague de haine à l’échelle mondiale. A peine réélu, obsédé par ce qu’il qualifie de « délire transgenre », il a immédiatement engagé une série de mesures liberticides : suppression de la reconnaissance administrative des identités trans, attaques contre les droits des femmes trans détenues, restriction des droits des jeunes trans à l’école, dans le sport et l’accès aux soins, interdiction de leur engagement dans l’armée et suppression des politiques de diversité et d’inclusion.
Cette offensive transphobe ne se limite pas aux Etats-Unis. De la Hongrie à la Géorgie, de la Slovaquie à l’Argentine, la remise en cause des droits des personnes trans est devenue le fer de lance et point de ralliement des mouvements réactionnaires. Elle s’inscrit dans un projet plus vaste : celui du recul des libertés fondamentales, du rejet de la diversité et de la remise en cause des droits humains dans leur ensemble. L’Europe n’est pas épargnée. En Italie, les familles homoparentales voient leurs droits de plus en plus menacés. En Hongrie, la représentation de l’homosexualité est interdite pour les mineurs. En France, le Sénat a adopté une proposition de loi visant à interdire l’accès aux soins pour les mineurs trans – une mesure qui, si elle était adoptée par l’Assemblée nationale, ferait de notre pays le plus répressif d’Europe en la matière.
En France, ces attaques ont déjà des conséquences réelles. La stigmatisation permanente fragilise la santé mentale des personnes trans et les condamne souvent à la précarité. Elles ont dix fois plus de risques de mettre fin à leurs jours que les personnes cisgenres, et près de 30 % d’entre elles ont déjà connu une situation de sans-abrisme [Fondation Le Refuge, 2024]. Ces chiffres traduisent une urgence sociale et humaine à laquelle nous ne pouvons rester indifférents. Ce 31 mars, alors que nous célébrons la journée internationale de visibilité des personnes trans, nous réaffirmons, nous parlementaires de différents groupes politiques, notre soutien inconditionnel à leurs droits, notre attachement à combattre leurs reculs mais aussi notre volonté d’en conquérir de nouveaux, avec en ligne de mire un seul objectif : l’égalité des droits.
Nous rappelons solennellement que les droits des personnes trans sont des droits humains. Et que les droits humains ne se divisent pas, qu’ils ne se hiérarchisent pas, qu’ils doivent être défendus avec la même force pour toutes et tous et que l’égale dignité de chacun est la condition de la dignité de toutes et tous. Nous rappelons qu’en dépit des offensives transphobes menées au Parlement, nous sommes nombreux et nombreuses, à l’Assemblée nationale et au Sénat, à refuser la transphobie, la haine, la violence et les discriminations, et à considérer au contraire que les droits des personnes trans devraient progresser en France.
C’est la raison pour laquelle nous nous engageons à défendre bien plus qu’une absence de reculs des droits, mais à porter ensemble des mesures pour atteindre enfin l’égalité des droits en France. Cela passe par le droit à l’autodétermination via la déjudiciarisation du changement d’état civil, par l’égal accès aux soins de santé gratuits, à la PMA [procréation médicalement assistée] et par la protection effective contre la haine et les violences. Les personnes trans existent. Leurs droits sont des droits humains. La garantie inconditionnelle de leur égale dignité, de leurs droits et de leurs libertés est un impératif qui doit engager notre société entière.
SIGNATAIRES