
En réaction, aux 6 féminicides survenus en 9 jours au mois de mai, aux trentaines de victimes de Patrick Bruel, au viol et au meurtre de la jeune Lyhanna, ainsi que le meurtre homophobe du jeune Noham, mes collègues et moi-même avons tenu une conférence de presse pour demander au Gouvernement, l’inscription de notre proposition de loi visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants, n° 2169, déposée le mardi 2 décembre 2025, à l’ordre du jour de la session extraordinaire de juillet ou de septembre 2026.
Pour retrouver l’intégralité de la conférence de presse : cliquez ici
“Madame la Présidente, Mesdames les présidentes, chers collègues, bonjour à toutes et à tous,
Guillaume Gouffier Valente, vice-président de la délégation aux droits des femmes et député du Val-de-Marne, je souhaite tout d’abord m’associer à l’ensemble de mes collègues pour adresser une pensée particulièrement forte et émue à Layana, à sa famille, ainsi qu’à tout son territoire.
Au-delà de ce drame, c’est bien notre pays tout entier qui est touché et qui doit s’interroger sur la manière d’agir.
Cher Arnaud, cela fait maintenant neuf ans que je suis député. Des textes, nous en avons voté. Des circulaires, il y en a eu. Pourtant, le fléau demeure : les violences faites aux femmes, aux enfants, persistent de manière dramatique dans notre pays.
Ce matin encore, j’échangeais avec des collégiens engagés à Saint-Mandé. Je leur ai demandé ce qu’ils ressentaient. Leur réponse m’a marqué : « On a le sentiment que rien ne change. » Et je dois dire que ce sentiment, je le partage.
Malgré les travaux menés et les mesures adoptées, celles-ci restent trop souvent sectorielles, alors que le fléau exige des réponses systémiques, capables de transformer en profondeur notre société.
Je tiens ici à remercier notre collègue, qui depuis plusieurs années, avec constance et détermination, mobilise les acteurs de la justice, de l’intérieur, de la santé, de l’éducation nationale, ainsi que les associations et les collectivités de nos territoires.
Madame la Présidente, votre présence aujourd’hui est importante. Elle nous fait du bien. Dans ce combat, nous pouvons parfois nous sentir seuls, mais votre soutien et vos propositions fortes donnent de la force à notre engagement collectif.
Les solutions ne résident ni dans la désignation de boucs émissaires, ni dans la mise en accusation de la justice, ni dans l’isolement d’un drame par rapport aux autres. Elles exigent au contraire une approche globale et cohérente.
Nous tenons cette conférence de presse quelques jours après une tribune et une question au gouvernement, dans un contexte marqué par une série dramatique de féminicides et de violences dans notre pays. Cela ne peut plus durer.
Il est donc indispensable de tout repenser et de se doter d’une véritable loi-cadre, d’une approche intégrale.
Cela passe d’abord par la question des moyens. Certes, des efforts budgétaires ont été réalisés, notamment dans la justice. Mais malgré cela, nous restons en retard par rapport à d’autres pays européens. Dans une République comme la nôtre, qui porte les droits humains depuis la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, nous ne pouvons plus l’accepter.
Des efforts comparables à ceux engagés dans d’autres secteurs, comme la défense, doivent être envisagés pour répondre à cette urgence.
Il faut également regarder ce qui fonctionne ailleurs. L’exemple de l’Espagne est à ce titre éclairant.
Lors d’une conférence à Madrid sur la diplomatie féministe, nous avons pu échanger avec les ministères de l’intérieur et de la justice. Dès 2004, l’Espagne a fait le choix d’une priorité nationale globale contre les violences faites aux femmes, traduite par une loi-cadre mobilisant l’ensemble des acteurs de manière cohérente.
Cette dynamique a été renforcée en 2017 par un pacte d’État transpartisan, doté d’un budget dédié d’un milliard d’euros sur cinq ans et de près de 300 mesures. Les résultats sont là : sans que tout soit parfait, les avancées sont réelles et plus rapides qu’en France.
Nous devons nous inspirer de cette méthode, qui dépasse les logiques sectorielles et les réponses fragmentées, pour construire une véritable politique globale, stable et ambitieuse.
C’est à cette condition que nous pourrons mieux protéger les victimes, soutenir les professionnels mobilisés au quotidien, et répondre à l’exigence de justice et de protection que nous devons à nos concitoyennes, à nos concitoyens et aux générations futures.
Je vous remercie.”
Seul le prononcé fait foi.