

Je vous invite à retrouver cette tribune dans Le Club de Mediapart
Malgré leur interdiction dans plusieurs pays, dont le Royaume-Uni ou la Nouvelle-Zélande, et des milliers de cas de complications graves en France, les implants vaginaux sont encore largement utilisés par le corps médical. Ces bandelettes, posées en cas d’incontinence (qui concerne, à différents degrés, 25% à 40% de femmes) ou de descentes d’organe, sont présentées aux femmes comme une solution rapide et quasi-miracle, malgré un coût pouvant atteindre jusqu’à 2500€ en dépassements d’honoraires. Des centaines de patientes dénoncent pourtant depuis bientôt 10 ans des mutilations générées par ces implants en polypropylène qui s’incrustent dans les nerfs et peuvent se rétracter jusqu’à 30%, allant pour certaines jusqu’à sectionner l’urètre.
Ces douleurs insoutenables, semblables à des coups de poignard, impactent durablement la vie sociale, professionnelle et sexuelle de ces patientes, certaines étant aujourd’hui reconnues handicapées. Pour beaucoup s’en suivent des années d’errance médicale, leurs souffrances étant niées voire assimilées à des troubles psychiques. Certains implants anti-hernie en polypropylène ont également contraint récemment le comédien et metteur en scène Arnaud Denis à envisager le suicide assisté, ne pouvant plus supporter ces souffrances. Elodie, Réunionnaise de 40 ans, est tragiquement passée à l’acte en août 2023, au bout de 4 ans d’agonie suite à la pose d’un implant pelvien sans son consentement.
Pour remédier à ces complications, des chirurgiens, dans la plupart des cas non formés au retrait intégral, posent de nouveaux implants vaginaux menant à de nouvelles douleurs par la suite. Un cauchemar sans fin pour ces femmes, dont l’accès à une prise en charge adaptée relève d’un parcours du combattant, contraignant certaines à se rendre aux Etats-Unis et débourser jusqu’à 50 000€ pour se faire opérer.
Deux arrêtés de 2020 et 2025 rappellent l’information obligatoire des patientes et interdisent l’usage des implants en première intention ainsi que leur pose par voie basse. Pourtant, certains professionnels continuent de ne pas respecter ces règles et n’informent pas les patientes des alternatives moins invasives. Bien que 27 centres aient été agréés par l’Etat pour le retrait des implants, il n’y a toujours pas de garanties suffisantes sur le déploiement de la formation des chirurgiens à ces interventions particulièrement complexes.
L’histoire de ces femmes, c’est l’histoire de la négation de leurs douleurs, la même qui a longtemps empêché toute prise en compte sérieuse de l’endométriose. C’est l’histoire d’une autorité médicale rarement remise en question, qui s’obstine encore à réaliser ces opérations très lucratives sans informer systématiquement les patientes des risques encourus.
Nous devons considérer les complications gravissimes liées aux implants vaginaux comme un véritable enjeu de santé publique. Parmi les priorités, le renforcement de la prévention et la rééducation périnéale, le contrôle des dispositifs d’implants existants, l’information systématique des patientes, la formation des médecins, la prise en charge des victimes de complications sous le régime de l’ALD et un investissement dans la recherche médicale sur les alternatives aux implants en polypropylène afin d’interdire ces derniers. À l’image du fonds d’indemnisation pour les victimes de la Dépakine ou du Mediator, quand l’Etat et les laboratoires pharmaceutiques vont-ils enfin assumer leur responsabilité et accorder réparation aux victimes des implants vaginaux ?
Alors que les victimes, réunies notamment au sein de l’association “DIVA incontinence et prolapsus (Dispositifs Implants Vaginaux)” écopent depuis des mois d’un silence du gouvernement et que les plaintes de 124 d’entre elles a été classée sans suite par la justice, nous rappelons que la régulation de ces dispositifs ne pourra se faire sans les premières concernées.
Devant des patientes trompées, des vies brisées et des corps mutilés par des dispositifs médicaux éminemment dangereux, plus que jamais, écoutons les femmes.
Liste des signataires :
Sébastien Peytavie, Député du groupe Écologiste et Social
Marie-Charlotte Garin, Députée du groupe Écologiste et Social
Véronique Riotton, Députée du groupe Ensemble pour la République
Guillaume Gouffier Valente, Député du groupe Ensemble pour la République
Karine Lebon, Députée du groupe Gauche démocrate et républicaine
Yannick Monnet, Député du groupe Gauche démocrate et républicaine
Frédéric Valletoux, Député du groupe Horizons et Indépendants
Paul Christophe, Député du groupe Horizons et Indépendants
Ségolène Amiot, Députée du groupe La France insoumise
Maxime Laisney, Député de La France Insoumise
Olivier Falorni, Député du groupe Les Démocrates
Sandrine Josso, Députée du groupe Les Démocrates
Aurélien Rousseau, Député du groupe Socialistes et apparentés
Fatiha Keloua-Hachi, Députée du groupe Socialistes et apparentés
Association DIVA incontinence et prolapsus (Dispositifs Implants Vaginaux)
Association ADSF – Agir pour la Santé des Femmes
Association Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques (Stop VOG)
Collectif pour une M.E.U.F – Médecine Engagée Unie et Féministe
Association Périnée Bien-Aimé