

La 5e Conférence ministérielle sur la politique étrangère féministe s’est tenue à Madrid les 2 et 3 juin 2026, à l’initiative du gouvernement espagnol. Lancé en 2022 par le Mexique et l’Allemagne, ce format ministériel vise à structurer une coalition internationale d’États engagés en faveur de l’intégration des droits des femmes, de l’égalité de genre et des droits sexuels et reproductifs dans les politiques étrangères, les politiques de sécurité, la coopération internationale et les politiques de développement.
Depuis sa création, cette dynamique diplomatique s’est progressivement consolidée autour d’un groupe d’États partageant une ambition commune : défendre une approche féministe du multilatéralisme dans un contexte de remise en cause croissante des droits fondamentaux. C’est ce qu’on appelle la coalition des pays FFP+ (feminist foreign policy), regroupant une vingtaine d’États (Albanie, Argentine, Canada, Colombie, Espagne, France, Maroc etc.).
Après Berlin, La Haye, Mexico puis Paris en octobre dernier, l’édition madrilène intervient à un moment particulièrement sensible pour les enjeux de diplomatie féministe et très proche du G7 d’Evian.
Renforcer la coopération entre parlementaires du monde entier pour faire vivre la diplomatie féministe
Sur le même modèle que la conférence que nous avions accueillie à Paris, en octobre 2025, le Congrès des députés, situé à Madrid, a organisé un colloque sur l’importance de maintenir une alliance d’Etats engagés en faveur de l’égalité de genre et la protection des droits et santé sexuels et reproductifs.
A ce titre, j’ai eu l’honneur d’introduire la conférence, notamment aux côtés de Susana Ros, présidente de la commission de la coopération internationale et de la commission pour l’égalité de genre du Congrès espagnol, ainsi que de Diene Keita, directrice exécutive du FNUAP.
J’ai pu y rappeler une idée qui me tient chère : l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas une forme de charité, c’est une vision transformatrice, un réel projet de société alternatif durable qui protège notre Etat de droit, les droits humains, la coopération au travers du multilatéralisme, la solidarité internationale. Une philosophie politique indispensable pour construire des sociétés plus justes, plus pacifiques et plus résiliantes.
Vous pouvez retrouver mon discours complet ici
Deux ans après l’entrée de la liberté de recourir à l’IVG dans notre Constitution, le gouvernement espagnol s’est lancé dans une démarche similaire. Nous avons donc pu échanger avec nos collègues parlementaires, et la ministre de l’égalité, Ana Redondo, sur le processus parlementaire français, et notamment la coopération renforcée avec la société civile, qui a permis de faire aboutir cette démarche transpartisane, hors extrême droite.
Visite de dispositifs de lutte contre les violences de genre
A quelques jours de l’examen du PJL sur la justice criminelle, notre venue à Madrid a également été l’opportunité de rencontrer Mme María Eugenia Prendes, procureure de chambre coordinatrice de l’Unité de violence à l’égard des femmes (Unidad de Violencia sobre la Mujer), qui nous a présenté la structuration de la chaîne judiciaire de prise en charge des violences de genre, et présenté le fonctionnement des juridictions spécialisées.
La Unidad de Violencia sobre la Mujer est une structure spécialisée du ministère public espagnol (Fiscalía), chargée de coordonner au niveau national le traitement judiciaire des violences faites aux femmes. Elle ne constitue pas une juridiction en tant que telle, mais une unité de pilotage au sein de la hiérarchie des procureurs, placée sous l’autorité d’une Fiscal de Sala Coordinadora. Son rôle central est d’assurer l’uniformité de l’action pénale sur l’ensemble du territoire espagnol et de garantir une application cohérente des politiques de poursuite en matière de violences de genre.
Cette unité occupe une fonction de coordination entre les différents procureurs spécialisés présents dans chaque province autonome espagnole. Elle diffuse des instructions générales de politique pénale, harmonise les pratiques des parquets territoriaux et veille à la bonne qualification des infractions. Elle joue également un rôle d’analyse des tendances judiciaires, notamment à travers le suivi des féminicides, des tentatives de féminicide et des cas de violences particulièrement graves ou complexes.
La Unidad de Violencia sobre la Mujer est étroitement articulée avec les autres composantes du dispositif espagnol, en particulier les juridictions spécialisées en matière de violences de genre et les forces de sécurité. Elle entretient également un lien fonctionnel avec le système VioGén, qui permet l’évaluation et le suivi du niveau de risque des victimes. Cette articulation permet une continuité entre l’évaluation du danger, la décision judiciaire et la mise en œuvre des mesures de protection.
En complément, le ministère de l’Intérieur nous a également ouvert ses portes pour découvrir le fichier national de suivi des auteurs et de protection des victimes, de violences intrafamiliales : Viogen 2.
Le système VioGén2 (Sistema de Seguimiento Integral en los casos de Violencia de Género) constitue l’un des outils les plus structurants du dispositif espagnol. Il s’agit d’une plateforme numérique nationale de suivi et d’évaluation du risque dans les cas de violences conjugales. Ce système permet la centralisation et le partage d’informations entre la police nationale, la garde civile, les autorités judiciaires et les services sociaux. Chaque situation signalée fait l’objet d’une évaluation du niveau de risque (faible, modéré, élevé, extrême), qui détermine automatiquement les mesures de protection mises en place pour la victime, notamment les dispositifs de surveillance, de protection policière ou d’éloignement.
VioGén repose sur une logique de gestion dynamique du risque, avec une réévaluation régulière des situations et une coordination en temps réel entre les acteurs concernés. Il est aujourd’hui considéré comme un outil central de prévention des féminicides en Espagne, même s’il fait également l’objet de débats sur les biais d’évaluation (notamment pour les situations de violences psychologiques ou s’il n’y a pas d’escalade classique / linéaire des violences) et les capacités de protection dans les situations les plus complexes.
Le projet de déclaration négociée dans le cadre de la 5ème Conférence ministérielle sur la politique étrangère féministe met en avant une vision ambitieuse articulée autour de la paix, de la démocratie, des droits des femmes et des filles, ainsi que de l’égalité réelle, thèmes phares de la conférence.
Pour découvrir l’intégralité de la déclaration conjointe de Madrid