
Monsieur le Premier ministre,
Alors que la crise énergétique frappe les ménages et les entreprises françaises, je souhaite vous faire part de mes échanges avec deux structures engagées pour les mobilités actives et de proximité, ainsi que pour l’amélioration de la qualité de vie de chacune et chacun, l’association Les Boîtes à Vélo et l’entreprise 1km à pied.
L’association Les Boîtes à Vélo participe à l’essor de l’entreprenariat à vélo en France et du développement de la filière cyclologistique française, filière d’excellence à l’échelle européenne et mondiale. Les livraisons effectuées en vélo-cargo sont une solution efficace de logistique urbaine. Les coûts liés à la mobilité sont huit fois moins élevés pour les entreprises qui utilisent des vélos-cargos que pour celles qui utilisent des véhicules utilitaires légers (VUL) diesels ou électriques. Un vélo-cargo émet sept fois moins de CO2 par kilomètre qu’un VUL diesel et sa batterie pèse jusqu’à 100 fois moins que celle d’un VUL électrique.
La diffusion de l’usage du vélo et du vélo-cargo demande un investissement politique stable. La mise en place d’un programme CEE pour inciter et accompagner les entreprises au report-modal vers le vélo-cargo constituerait une action efficace, prête à être implémentée par les acteurs sur le terrain. La reconnaissance du vélo-cargo comme un véhicule à très faibles émissions aux côtés des VUL par voie de règlement enverrait aussi un signal fort.
Les mobilités de proximité et la réorganisation des structures professionnelles sont également une solution qui présente de grands avantages sans aucune privation. À cet égard, l’entreprise française 1km à pied, créée et dirigée par Laure Wagner, a développé le logiciel de rapprochement de domicile Kelsite. Kelsite accompagne les employeurs pour proposer à leurs employés de terrain des postes plus proches de leur domicile, à fiche de poste, employeur et salaire égaux. 45% des actifs français travaillent pour des employeurs multisites en tant qu’agents de terrain, ce qui représente 12 millions de français. 60% des salariés de chaque structure pourraient travailler plus proches de chez eux. Au total, 7 millions d’employés pourraient bénéficier d’un rapprochement de domicile avec un gain médian de 12 km évités par trajet.
Ce dispositif améliore le bien-être du salarié au quotidien, sa santé et son pouvoir d’achat. Pour l’employeur, il permet des économies considérables liées à l’amélioration de la performance et de la satisfaction des employés. Cette approche est d’ailleurs soutenue par les organisations patronales et par 80% des Français. Le dispositif entraine une forte baisse des émissions de gaz à effet de serre (les rapprochements de domicile permettraient d’éviter 36,5 % des émissions de CO2 liées aux trajets domicile-travail en France). C’est par ailleurs une mesure qui n’a aucun poids sur le budget de l’État. Elle ne nécessite aucun investissement pour la construction d’infrastructures et aucune aide financière. Elle a cependant besoin d’un portage politique fort.
Dans un contexte de crise énergétique qui intervient quelques années après la précédente, repenser nos déplacements, nos modes de vie et notre organisation du travail devient une nécessité. Cette crise est une opportunité pour transformer nos mobilités.
Le Plan d’électrification des usages dévoilé par le Gouvernement le 23 avril dernier est un pas important dans la transformation de nos modes de déplacement mais ces investissements ne s’inscrivent pas dans une vision globale de long terme ambitieuse pour nos trajets. En conservant un modèle de mobilités centré sur l’automobile, nous n’apportons pas de réponse aux problèmes de trafic, de santé publique, d’inégalités dans l’accès aux transports et d’équilibre entre la vie privée et professionnelle. C’est aussi une politique particulièrement coûteuse pour l’État, estimée à 10 milliards d’euros par an à l’horizon 2030.
Nous pouvons faire mieux que nous contenter de conserver le statu quo de ce modèle de déplacements. Les générations futures ont besoin que nous agissions maintenant pour leur livrer une société résiliente, une société qui aura investi dans la lutte contre le réchauffement climatique, qui sera sortie du gouffre de la dette, une société qui aura fait le pari de l’avenir en protégeant son modèle social, qui aura investi dans l’école et la santé. Les mobilités jouent un rôle majeur dans cette action.
Repenser nos trajets en nous tournant vers des mobilités actives, décarbonées et de proximité nous offre un tout autre modèle de société. Nous avons ici la possibilité d’aller vers une France du quart d’heure où l’espace public est réaménagé autour des citoyennes et des citoyens. Les mobilités actives et de proximité redynamisent les centres-villes et les commerces de proximité qui sont au cœur du vivre ensemble dans les territoires ruraux. Le tissu productif français, composé en grande partie de petites entreprises, serait plus résistant aux crises et moins dépendant des importations d’énergies. La pollution liée à nos déplacements diminuerait considérablement et nos concitoyennes et concitoyens seraient en meilleure santé.
Pour opérer ce changement de société, nous avons besoin que l’ensemble des politiques de mobilités soit soutenu et développé. Nous avons également besoin d’un portage politique fort et stable. Sachant votre engagement pour accélérer la transition écologique, agir pour le bien-être au quotidien des Français et renforcer la résilience de notre tissu productif, j’espère que le Gouvernement assurera ce soutien en intégrant au plan présenté il y a quelques semaines les projets présentés dans ce courrier.
Restant à votre disposition, je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre, en l’expression de ma haute considération.
Guillaume GOUFFIER VALENTE