

La santé mondiale est aujourd’hui à un tournant. Alors que les besoins humanitaires et sanitaires restent considérables, les financements consacrés à la solidarité internationale diminuent fortement. En France, le projet de loi de finances pour 2027 prévoit une baisse de 1,9 milliard d’euros de l’aide publique au développement, soit 43 % par rapport à 2026. Ces coupes ont des conséquences concrètes : elles fragilisent les associations de solidarité internationale, interrompent des programmes essentiels et menacent l’accès aux soins de millions de personnes. Dans ce contexte, défendre la santé mondiale suppose de réaffirmer une ambition politique et de garantir des financements prévisibles, à la hauteur des besoins.
Au cours de ce déplacement, j’ai notamment rencontré des représentants du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, dont Adda Faye, directrice financière, et Françoise Vanni, directrice des relations extérieures et de la communication. J’ai également échangé avec Andryi Klepikov, directeur de l’organisation ukrainienne Alliance for Public Health, ainsi qu’avec Anne-Claire Amprou, ambassadrice française pour la santé mondiale et présidente du conseil d’administration d’Unitaid.
Ces échanges s’inscrivent dans un enjeu majeur : préserver les mécanismes de financement internationaux qui permettent de lutter contre les grandes pandémies, de renforcer les systèmes de santé et de garantir l’accès aux traitements. Depuis sa création en 2002, le partenariat du Fonds mondial a contribué à sauver 72 millions de vies. Ses résultats démontrent l’importance de ces investissements : en 2025, 26,9 millions de personnes bénéficiaient d’un traitement antirétroviral contre le VIH, 7,4 millions de personnes étaient traitées contre la tuberculose et 196 millions de moustiquaires imprégnées d’insecticide avaient été distribuées pour prévenir le paludisme.
Ces avancées ne sont jamais définitivement acquises. Le désengagement des bailleurs internationaux risque de compromettre des décennies de progrès sanitaires. À l’approche des prochaines échéances de financement du Fonds mondial, il est indispensable que la France maintienne une contribution à la hauteur de ses responsabilités et de ses engagements internationaux.
J’ai également participé à des échanges consacrés à la valeur de la santé mondiale, organisés avec la Konrad-Adenauer-Stiftung et ONE. Dans un contexte de contraintes budgétaires, la santé mondiale est trop souvent considérée uniquement comme une dépense. Elle constitue pourtant un investissement dans la santé et le bien-être des populations, dans la recherche et l’innovation, dans la résilience des économies et dans notre capacité collective à répondre aux crises.
J’ai par ailleurs rencontré Serah Makka, directrice Afrique de ONE, Luis Pizarro, directeur exécutif d’Unitaid, ainsi que Diene Keita, du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP). Ces rencontres ont permis de placer au cœur des discussions les enjeux de coopération internationale et la nécessité de maintenir des politiques ambitieuses en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs.
J’ai également pris part à une table ronde organisée par les Amis du Fonds mondial Europe autour des transitions durables en santé. Ces discussions rappellent que la pérennité des systèmes de santé repose autant sur des financements solides que sur des politiques publiques de long terme, capables de répondre aux besoins des populations et de réduire les inégalités.
Je suis convaincu que la santé mondiale ne peut être dissociée des enjeux d’égalité, de justice sociale et de respect des droits fondamentaux. Les politiques de santé doivent permettre à chacune et chacun d’accéder à des services adaptés, sans discrimination, et garantir en particulier les droits des femmes et des filles.
Ce déplacement a également été marqué par ma participation à des échanges consacrés aux alliances illibérales et aux risques démocratiques liés aux mouvements anti-genre, organisés par la Société allemande de politique étrangère (DGAP). La progression des mouvements qui contestent les droits des femmes, l’égalité de genre et les droits sexuels et reproductifs constitue un défi majeur pour nos démocraties et pour la coopération internationale.
La défense des droits ne peut pas être une variable d’ajustement des politiques publiques. Elle exige une mobilisation politique durable, le soutien aux organisations de la société civile qui agissent sur le terrain et une coopération renforcée entre les institutions démocratiques.
Ce déplacement à Berlin confirme l’importance de maintenir une mobilisation parlementaire forte en faveur de la santé mondiale et de la solidarité internationale. Les reculs budgétaires ne sont pas abstraits : ils fragilisent les organisations de terrain, réduisent l’accès aux soins et menacent les progrès accomplis dans la lutte contre les pandémies.
À l’heure où les besoins augmentent et où les offensives contre les droits fondamentaux se renforcent, la France doit rester fidèle à ses engagements internationaux. Cela implique de préserver les financements de la santé mondiale, de soutenir les organisations de la société civile et de défendre une coopération internationale fondée sur les droits humains, l’égalité et la solidarité.
La santé mondiale n’est pas une dépense dont nous pourrions nous désengager sans conséquence. C’est un investissement collectif, une responsabilité internationale et une condition essentielle de notre capacité à construire un monde plus juste et plus sûr.