
Un contexte international marqué par un « backlash » global contre les droits des femmes et l’égalité de genre
Cette édition de la CSW s’inscrivait dans un climat de « backlash » global contre les droits des femmes et les droits humains. Dans de nombreuses régions du monde, les acquis sont remis en cause.
En Afghanistan, les politiques des Talibans instaurent une véritable ségrégation systématique des femmes avec plus de 120 décrets de limitations des libertés, tandis qu’en Iran, les répressions se sont intensifiées après le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Plus largement, 612 millions de femmes vivent aujourd’hui en zone de conflit, et seules 10 % participent aux processus de paix.
Ce recul s’inscrit dans une dynamique globale de remise en cause du multilatéralisme et des droits fondamentaux : réduction massive de l’aide publique au développement, attaques contre les droits sexuels et reproductifs, montée de mouvements conservateurs transnationaux. Des initiatives comme la « Global Gag Rule », réactivée et étendue à tous les champs diplomatiques par les États-Unis, fragilisent directement les ONG et les agences internationales, notamment le FNUAP. Par ailleurs, via les accords internationaux, l’administration américaine de Donald Trump met la pression à de nombreux Etats pour qu’ils rejoignent le Consensus de Genève dont l’un des points majeurs est l’interdiction du droit à l’avortement.
Focus : des négociations sous tension autour des conclusions de la CSW
Le principal livrable de la Commission de la condition de la femme des Nations unies est l’adoption de conclusions agréées, négociées entre États membres sur la base d’un rapport du Secrétaire général. Le thème retenu cette année était le suivant : « L’accès des femmes et des filles à la justice, ainsi que le rôle des institutions judiciaires dans la promotion de l’égalité de genre et la lutte contre les discriminations et les violences. »
Comme chaque année, les négociations ont été particulièrement complexes, avec une alliance des pays conservateurs pour ancrer des reculs importants :
Après plus de 70 ans d’adoption par consensus chaque année de cette résolution visant à faire progresser les droits des femmes, les États-Unis ont, pour la première fois, poussé à un vote formel. Avec six abstentions et un vote contre de leur part, un précédent majeur a ainsi été créé.
Cette évolution procédurale illustre une réalité préoccupante : partout dans le monde, y compris en France, les mouvements anti-droits se structurent, gagnent en expertise et maîtrisent de plus en plus finement les mécanismes juridiques et institutionnels. Leur objectif est clair : influer sur les équilibres diplomatiques, faire évoluer les rapports de force et, in fine, fragiliser les acquis en matière de droits des femmes.
Une mobilisation parlementaire au service de la diplomatie féministe
Dans ce contexte, notre déplacement s’inscrivait dans la continuité des travaux récents menés en France, notamment le rapport parlementaire sur la diplomatie féministe, que j’ai présenté avec ma collègue Marie-Noëlle Battistel et les réflexions en cours sur la montée du masculinisme, portées par la délégation aux droits des femmes du Sénat.
Il répondait à une ambition claire : faire de la présence parlementaire française un levier d’influence dans les enceintes internationales et un point d’appui concret pour les combats féministes à l’échelle mondiale.
Trois objectifs structuraient ainsi notre action :
Le premier consistait à renforcer la diplomatie parlementaire féministe en tissant des alliances durables entre parlementaires engagés à travers le monde. Dans un contexte de recomposition des équilibres internationaux, il est essentiel de consolider des réseaux d’élus capables de porter des positions communes, de coordonner leurs actions et de peser collectivement dans les négociations multilatérales.
Le deuxième visait à faire progresser la reconnaissance internationale de la notion d’apartheid de genre. Face à des régimes qui organisent de manière systématique l’exclusion des femmes de la vie publique, il est indispensable de nommer ces réalités pour mieux les combattre. Porter cette qualification dans les espaces internationaux constitue une étape clé pour renforcer la protection des droits fondamentaux des femmes.
Enfin, le troisième objectif était de défendre un agenda ambitieux, cohérent et pleinement assumé en matière de droits et de santé sexuels et reproductifs. Alors que ces droits font l’objet d’attaques croissantes, il est impératif de les réaffirmer comme des droits humains fondamentaux, d’en garantir l’effectivité et de s’opposer sans ambiguïté à toute tentative de recul.
La délégation a ainsi organisé un événement parlementaire à la Représentation permanente de la France aux Nations Unies sur ces enjeux.
Des échanges stratégiques avec nos partenaires internationaux
Le déplacement a également été marqué par de nombreuses rencontres bilatérales avec :
Des agences onusiennes
Nous avons échangé avec plusieurs agences des Nations unies, dont le PNUD, l’UNICEF, le PAM, le HCR ou encore l’OIT, afin de mieux comprendre leurs actions et renforcer notre coopération.
Des délégations parlementaires
Des rencontres avec les représentants de plusieurs pays (Espagne, Royaume-Uni, Italie, Union européenne) et avec la délégation du EPF (Forum parlementaire européen sur les droits sexuels et reproductifs) ont permis de partager nos priorités et d’identifier des axes de collaboration.
La société civile et les ONG
Nous avons dialogué avec des organisations comme Amnesty International, Care International ou Action contre la Faim, dans un contexte où l’espace civique se réduit dangereusement.
Des activistes du monde entier
Des échanges particulièrement marquants ont eu lieu avec :
Leur témoignage rappelle la réalité des combats menés sur le terrain, souvent au péril de leur sécurité.
Une « équipe France » mobilisée et engagée
Face à ces défis, la présence française à la CSW a été un signal fort. Forte de plus d’une centaine de personnes engagées pour les droits des femmes issues de la société civile, des administrations, des entreprises privées et des fondations, des médias, de la Coalition Haute Ambition et bien entendu du Parlement, cette délégation a porté haut la voix de la France dans cette enceinte Onusienne et s’est mobilisée pour renforcer nos coalitions d’action. Nous avons notamment organisé une soirée de l’équipe France et une conférence publique à la Mission permanente de la France auprès de l’ONU sur le renforcement des liens entre la société civile et les parlementaires, ainsi que sur l’importance de la participation des femmes à tous les processus de décision et de construction des processus de paix.
Parlementaires, diplomates, ONG, activistes et représentants institutionnels ont œuvré ensemble pour porter un message commun : celui d’une France engagée pour l’égalité, les droits et la solidarité internationale.
Cette mobilisation collective est essentielle pour :
